Ciné Guide
Sorties e-cinéma

Recherche parents désespérément

Christina Choe : Quand vous êtes une femme de couleur faisant votre premier film, les stats ne sont pas en votre faveur

Venue présenter Nancy au festival de Deauville où il était en compétition, Christina Choe revient sur la genèse complexe de son premier film. Nancy est disponible sur e-cinema.com à partir du 14 septembre.

Pour votre premier film, vous avez choisi un sujet très sensible. Pourquoi un tel choix ?

Au début, j’ai cherché à développer un personnage féminin complexe, une sorte d’anti-héros. J’étais motivée par l’idée que l’on ne voyait pas souvent ce genre de personnage à la télévision ou au cinéma. Et pendant que j’étais en train d’écrire cela, j’ai découvert que mon professeur d’écriture préféré était en fait un imposteur. C’était quelqu’un qui nous inspirait beaucoup. Nous l’adorions. Il nous enseignait comment écrire avec son cœur et ses tripes. Nous étions tous en admiration devant ce professeur. Il nous avait confié qu’il bossait pour Hollywood, sur une grosse franchise en tant que scénariste non crédité, celui qui vient sauver les meubles. En fait, tout était faux. Il a menti à tout le monde : nous, les étudiants, mais aussi à la faculté, à sa famille. On était tous sous le choc et on s’est senti trahi. Mais, à la fin, je suis restée fasciner par la situation. Au fond, ce n’était pas grave qu’il m’ait menti puisque ce que j’ai ressenti de l’expérience fut quelque chose d’authentique. Je continue à penser que c’est l’un des meilleurs professeurs que j’ai eus. Et voilà d’où vient le thème principal de Nancy, à savoir si c’est important que toute l’histoire soit vraie ou non.

andrea riseborough dans nancy

 

Comment avez-vous réussi à convaincre des acteurs prestigieux comme Steve Buscemi, John Leguizamo ou Ann Dowd de s’embarquer dans l’aventure ?

Tout le mérite en revient à Andrea Riseborough qui était attachée au projet depuis plusieurs années. Elle a toujours été très motivée pour faire ce film et c’est une jeune comédienne qui attire les autres acteurs. Nombreux sont ceux qui veulent tourner avec elle. Steve Buscemi et John Leguizamo avaient déjà tourné avec Andrea et ils étaient partants pour renouveler l’expérience. Et puis, quand on n’a pas beaucoup d’argent comme c’est le cas pour Nancy, il faut se reposer sur le scénario. C’est lui qui fait bouger les choses pour les comédiens. Je me souviens que Steve Buscemi l’a lu et m’a tout de suite dit qu’il était partant pour faire le film. Je me dois de revenir sur Andrea qui fut mon obsession durant toutes ces années de préparation et de recherches pour faire le film. Sa filmographie m’a impressionnée. Elle est capable de tout jouer, c’est un vrai caméléon. Ce qui était absolument parfait pour le rôle de Nancy.

 

Il vous a fallu longtemps pour parvenir à lancer le film ?

[en français dans le texte] Trèèèèès longtemps ! il nous a fallu trois ans pour trouver l’argent. Aux Etats-Unis, ce n’est quasiment que de l’argent privé. Donc quand vous êtes une femme de couleur en train de faire votre premier film, les statistiques ne vont pas en votre faveur.  Mais nous étions persévérants et nous avons demandé à quasiment tout le monde de l’argent (rires). Il ne faut jamais lâcher l’affaire dans ce métier !

 

Le décor particulier du film, notamment cette maison enneigée perdue dans la forêt, avait-il une importance capitale dans votre intrigue ?

Le contraste entre les deux habitations a toujours été là. C’était important. D’un côté l’appartement de la mère de Nancy où notre héroïne étouffait et de l’autre, la maison du couple qui représente un souffle de liberté, d’espoir. Par contre, nous n’avions pas du tout prévue la neige. Cela devait être un film se déroulant l’été. Mais quand on a enfin pu avoir tout l’argent et les personnes disponibles, on était en janvier et il fallait débuter le tournage. J’ai donc dû réécrire le scénario pour l’adapter à ces nouvelles conditions climatiques sans savoir si cela allait fonctionner tel que je l’avais imaginé. Et c’est au montage que j’ai pu voir à quel point tout était idéal. Il y a une mélancolie qui se dégage de ces paysages et cela fonctionne parfaitement avec le ton du film. On a eu beaucoup de chance.

andrea riseborough dans nancy

 

Est-il plus dur de diriger le chat que les comédiens du film ?

J’ai appris que l’on ne peut pas dresser un chat. On peut tenter de les attirer avec de la nourriture, mais ils n’écoutent personne, ils ne s’intéressent pas à vous, ils font juste ce qu’ils veulent. Ce sont des animaux très agaçants (rire). On devait donc attendre pour avoir un gros plan utilisable. Cela m’a rendu folle de ne pas pouvoir contrôler cette petite chose. C’était d’autant plus stressant que le chat a un vrai rôle émotionnel dans le récit. J’avais besoin du chat, mais le chat n’avait pas besoin de moi. C’était vraiment énervant ! (rire).

 

Le film a été particulièrement bien accueilli par le public à Deauville. Etes-vous surpris de la réaction positive des spectateurs français ?

J’espérais beaucoup que le public français puisse apprécier Nancy. Sûrement parce que j’ai ses idées préconçues que les français aiment le cinéma, qu’ils ont bon goût (rire). J’imaginais qu’ils étaient plus ouverts pour apprécier un ton plus subtil, une fin ouverte. J’ai toujours été une grande fan du cinéma européen. Je suis donc ravi que Nancy ait pu toucher le public français.

 

Propos recueillis au festival de Deauville par Audrey Pulvar

 

Publié le 14/09/2018 par La Rédaction

Partager sur Twitter
Partager sur Facebook

LES FILMS E-CINEMA

Ne ratez pas nos films e-cinéma

À lire également

Les derniers articles de notre blog.
Ciné Guide

Sauver ou périr, Les Veuves, Robin des bois : Les films qui méritent ou pas de se déplacer en salle

Ciné story

Natalya Kudryashova : « Nous aspirons tous à quelque chose de plus grand, nous aurions tous voulu être des héros, nous rêvons tous à un dépassement de soi. »

Ciné story

Frédéric Tellier (Sauver ou périr) : « Je n’ai vu aucun Avengers. C’est un peu la honte, la terre entière a vu Avengers. »

Ciné story

Jaume Balagueró : « J’aimerais voir un bon remake d’Hellraiser, celui que j’ai dans la tête. »

Les articles les plus lus

Ciné story

Top 10 des films pas chers qui rapportent un max

Tous les producteurs de la planète en rêvent : le jackpot du film au budget riquiqui qui cartonne au box-office mondial. Nous avons dressé...

Ciné story

Steven Spielberg : Du pire au meilleur

À l'occasion de la sortie de Ready player one, on vous propose le classement des films réalisés par celui qui est depuis plus de 40 ans...

Les articles les plus partagés

Ciné story

Les meilleurs films de Noël

Noël, les fêtes, les vacances bien méritées, l’occasion de se faire une orgie de films dans son salon. On...

Ciné story

Tom Cruise : Du pire au meilleur

A l'occasion de la sortie de Mission : Impossible Fallout mercredi 1er août, on vous propose le classement des films de Tom Cruise, l'indestructible...