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Clémentine Poidatz (Housewife) : Quand tu es une actrice française, tu es quand même souvent à poil dans un film !

En tête d’affiche du film d’horreur turc, Housewife, disponible depuis vendredi 5 octobre, on retrouve une comédienne française, Clémentine Poidatz. Une actrice à la carrière internationale comme le montre sa participation à la série Mars et que nous avons pu rencontrer pour une interview où elle revient longuement sur la genèse d’une œuvre singulière.

C’est une surprise de voir une française comme actrice principale d’un film d’horreur turc tourné en anglais. Comment t’es tu retrouvée sur ce projet ?

Complètement par hasard. Je revenais des USA où j’avais fait la promotion de la saison 1 de Mars. Je tournais un film pour Netflix France. J’étais en plein décalage horaire. Mon agent m’appelle et me dit : « tu aimes les films d’horreur ? ». Je ne connaissais pas bien cet univers mais j’avais très envie d’en faire un car j’imaginais que c’était un endroit où l’on avait une liberté totale. Tout est amplifié dans ces univers. Elle me dit alors qu’il y a un réalisateur turc qui est sur Paris pendant deux jours pour rencontrer des actrices françaises pour un second rôle dans son nouveau film. Elle m’envoie le scénario de Housewife ainsi qu’un lien pour découvrir le premier film de Can Evrenol, Baskin. Je décide de regarder le film avant de lire le scénario pour voir dans quel univers se trouve ce réalisateur. Au début, je suis super charmée par l’esthétique du film et par le déroulé de l’histoire. Puis arrive le moment d’horreur, des enfers, je ne sais quoi. J’étais épouvantée, mais en même je restais scotchée devant mon écran. J’ai commencé à regarder le film sur ma télévision, puis je l’ai passé sur mon ipad et j’ai quasi fini sur mon téléphone tant les images m’impressionnaient. J’étais à la fois attirée et répulsée. Ce sont des images qui collent au corps, on ne dort pas bien après. Il faut vraiment avoir le cœur accroché.

interview clémentine Poidatz pour housewife

Dans la foulée, je lis Housewife avec le second rôle féminin en tête. Je trouve l’histoire complètement dingue même s’il y a plein de choses qui m’échappent. Le rôle, c’est celui de la meilleure amie, enjouée. J’ai déjà joué des rôles comme ça, je sais le faire. Je rencontre Can, on s’entend super bien, on découvre qu’on est nés le même jour. Il me demande si je suis d’accord pour venir faire des essais avec l’actrice principale en Turquie. Malgré un planning chargé, je pars là-bas. Les essais se passent super bien. La comédienne choisie pour le rôle d’Holly était vraiment fascinante. C’était une actrice américaine qui venait du milieu du porno. Quelques jours plus tard, Can me rappelle pour me dire qu’on est un peu trop similaire et qu’il a besoin de plus de contraste entre les deux personnages. Je lui dis que je comprends, mais que j’ai un pressentiment que notre histoire n’est pas finie et qu’il y a des chances que l’on travaille ensemble. Quelques semaines plus tard, Can me recontacte pour me prévenir que l’actrice américaine a abandonné le projet et que donc il peut de nouveau me prendre pour le rôle de la copine. Je suis toujours partante en attendant de voir qui il va trouver pour incarner Holly.

 

Deux semaines passent et il me rappelle pour me dire qu’avec son co-scénariste, ils sont persuadés que je serai géniale dans le rôle d’Holly. Je n’y crois pas du tout. Je ne me vois pas du tout incarner ce personnage. J’ai vu comment l’actrice US avait joué et c’était bien trop loin de ce que je suis capable de faire. Il me répond qu’il va adapter le scénario et le personnage à ce que je suis. Je me replonge dans le scénario, je consulte mes proches pour savoir si cela vaut le coup que je tente ce pari. Je doute beaucoup car le rôle et le film nécessitent une grosse prise de risques. Il y a beaucoup de nudité, les scènes de sexe étaient particulièrement crues dans le scénario. Et je n’arrêtais pas de penser à l’évanescence de la comédienne américaine, un truc que j’étais incapable d’amener à l’écran. Mais le challenge était trop excitant. J’ai essayé d’oublier que mon père risquait de voir le film et qu’il a déjà du mal à me voir à l’écran quand je joue quelqu’un qui fait une tentative de suicide. Et c’est sans doute parce que j’avais vraiment peur que j’ai décidé d’y aller. J’ai juste posé deux limites : pas de vraies scènes de sexe et aucune violence avec les enfants. L’interaction dans le final avec les enfants de l’apocalypse devait donc se passer sans violence. Pour le reste, j’étais prête à lui faire 100% confiance.

Clémentine Poidatz dans housewife

Il faut dire que pour ton expérience d’actrice, avoir la possibilité de jouer un premier rôle, un personnage qui est pratiquement de tous les plans, cela doit être tout autant une immense opportunité et un challenge hyper excitant.

Honnêtement, cela ne m’a pas traversé l’esprit. C’est vraiment le côté « je n’ai jamais fait ce genre de films et de rôle » qui m’a poussé à accepter. Et il y avait ce côté aventure totale : un pays étranger, une équipe où je ne connaissais absolument personne et un tournage en langue étrangère. Il y avait là une cassure totale avec mes habitudes françaises qui me rendait totalement libre. Je pouvais me réinventer et j’avais besoin de ça à ce moment-là j’imagine.

 

Un tournage en anglais, est-ce que ça change vraiment quelque chose ? Tu es bilingue de naissance ?

Non, mais j’ai des parents qui ont toujours insisté à la maison pour que l’on parle anglais. C’était selon eux le truc le plus important. On pouvait presque être nul en tout mais pas en langue. Avec leur mauvais accent anglais, ils nous parlaient en anglais et ils faisaient tout pour qu’on baigne dedans. Je n’ai par exemple jamais vu un film en VF. Mais quand on ne savait pas lire, on allait voir les films en VO. Les Indiana Jones par exemple, je les ai vu qu’en version originale. J’avais donc des facilités plus le fait que j’ai fait pas mal de voyages avec mes parents. Mais, je n’étais pas pour autant totalement à l’aise avec la langue. Ce qui a été particulièrement flippant quand je me suis retrouvée pour mon premier film. C’était Marie-Antoinette de Sofia Coppola.

marie antoinette de sofia coppola

Je ne connaissais rien au jargon cinématographique en français, alors le connaître en anglais. Ce qui est étonnant avec l’anglais, c’est sa fluidité. On ne tergiverse pas : un « fuck you » en anglais, ça veut vraiment dire « je t’encule ». Alors qu’en français, on va peut-être dire « je t’emmerde ». En plus, ça m’aide car je pense davantage à mon accent que à ce que je dois jouer. Et un acteur qui réfléchit trop à ce qu’il doit jouer, ce n’est pas forcément bon. Je ne sais plus qui disait « plus un acteur est bête, mieux c’est ». Cela fait sens. On nous demande un lâcher-prise, un côté éponge qui peut être bien plus difficile quand on réfléchit trop et qu’on questionne sans cesse les choix de son réalisateur. Il y a une scène formidable dans Eve où le metteur en scène explique que la comédienne doit être juste le piano, que lui c’est le pianiste et qu’il y a un compositeur. J’aime beaucoup cette métaphore. Pour nous comédiens, il faut juste se rendre disponible. Et le fait de jouer en langue étrangère, me rend plus libre et plus disponible.

 

Tu es donc une meilleure actrice en anglais qu’en français ?

Je ne sais pas. Je sais que le fait d’être française et de tourner à l’étranger comme je le fais beaucoup depuis 3 ans, cela me donne un truc en plus. Je suis différente. Cela permet déjà au personnage d’exister. Dans la série Mars, ils jouent par exemple à fond dessus. Il y a en tout cas une musicalité de l’anglais qui me permet de plus facilement faire sortir mes émotions.

MARS la série télé

En parlant d’émotions, pour revenir sur Housewife, qu’est-ce que tu ressens et comprends à la lecture du scénario tant le récit est pour le moins torturé et complexe ?

On en revient à ma vision du métier d’acteur. Je n’ai jamais questionné les idées de Can. Parfois, je ne comprenais pas ce que mon personnage faisait, je tentais d’y voir plus claire et puis très vite, je me suis dit : « laisse tomber, il sait mieux que toi, fais-lui confiance. » Je n’avais pas besoin de comprendre forcément tout simplement parce que Holly ne comprend pas elle-même ce qui lui arrive. Elle ne sait pas dans quelle réalité elle est. Je me suis dit que si j’avais les clés pour comprendre, cela serait naze. Il valait bien mieux que je me perde. Quant à la signification de la fin, je suis incapable d’y répondre. Pour moi, Holly vit sa propre réalité et c’est ce qui est plus le plus important. Quand j’ai lu la fin, j’y ai juste vu un feu d’artifices de l’horreur. C’est comme Lovecraft, je ne connaissais pas du tout ses écrits.

housewife pour les amateurs de gore

D’ailleurs, certaines critiques n’ont pas apprécié que le film pompe tout un pan du cinéma fantastique.

Les films refont la plupart du temps des choses qui ont déjà été faites. Can est vraiment dans l’hommage, jamais dans le pompage. Par exemple, les lumières très vives de la séquence d’ouverture, c’est son hommage à un cinéaste qu’il adore, Dario Argento. Ce qui est dingue, c’est la perception du film selon la provenance et le background des gens. A Gérardmer, où le film était en compétition en début d’année, il s’est fait dézinguer. C’était d’une rare violence sur twitter notamment. Moi, j’étais une sorte d’actrice porno mexicaine des années 70. A Sitges en octobre dernier, on avait eu un super accueil. Pareil, les critiques américaines sont en train de tomber car le film sort actuellement là-bas sur les différents supports vidéos et elles sont globalement bienveillantes avec le film. En France, je trouve qu’il y a une volonté de défoncer les films qui m’étonne considérablement. Tout le monde voit qu’il y a des références évidentes dans le film, mais il n’y qu’en France où cela semble être vu de manière très négative. Après, quand on déteste autant, il y le bon côté avec des gens qui adorent le film. A Gérardmer, j’ai eu des gens du jury qui sont venus me voir pour me dire à quel point ils avaient été époustouflés par la folie du film.

Clémentine Poidatz héroïne de housewife

Cette expérience m’a rappelé ce que j’avais vécu à Cannes avec La frontière de l’aube de Philippe Garrel qui était en compétition à Cannes. On s’était fait trasher avec une violence incroyable. Les gens étaient odieux dans la salle. Je découvrais Cannes pour la première fois, c’était un rêve que l’on m’a détruit. Je ne comprenais pas, on était un petit film de rien du tout, fait de manière artisanale. Je me souviendrais toujours de cette femme qui m’a pris le bras et qui m’a balancé « ah ben merci beaucoup pour cette grosse merde. » Toute cette expérience m’avait dégoûté de mon métier. Un rêve qui se transformait en cauchemar à l’époque.

clémentine Poidatz dans La frontière de l’aube de Philippe Garrel

En matière d’expérience, as-tu des surprises par rapport à ce que tu t’imaginais du projet la première fois où tu l’as lu ?

Au moment où je lis le scénario, je suis effrayée, mais il y avait un côté film interdit qui me pousse à le faire. Sur le tournage, Can est quelqu’un qui réécrit et réinvente son scénario en permanence. Le soir, il arrivait sur le plateau en disant qu’il avait eu une épiphanie en rêvant. On avait par exemple une séquence prévue dans la piscine où je devais nager au milieu de centaines de barbies. Mais il a neigé sans cesse et tout était gelé. Il m’a demandé de danser à la place. Et le lendemain, il revient en me disant qu’il aimerait bien plutôt que je me caresse en pensant à la mort de ma sœur.

 

D’ailleurs les scènes de sexe, érotiques tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. On peut facilement décrocher tellement elles paraissent un peu déconnectées du récit.

J’ai aimé ce personnage sexuel qui n’arrive pas à ressentir les choses. D’ailleurs je pense que l’on aurait pu le pousser encore plus loin. Pour être honnête, je ne pensais pas que Can allait finir par monter la séquence de masturbation. Je l’ai découverte à la projection. Mais j’ai été curieuse de l’expérience quand il me l’a demandé. Je me suis dit que s’il y avait bien un moment et un endroit pour tenter ce genre de choses, c’est bien là. Après, j’avais vraiment confiance en Can. J’ai réussi à totalement oublier où étaient les caméras, je me fichais de savoir à quoi j’allais ressembler à l’image. D’habitude je suis quelqu’un qui est plus dans le contrôle et là j’ai réussi un lâcher-prise qui était nécessaire pour le film et ce que Can voulait raconter.

Et dans quel état étais-tu au moment des séquences finales qui sont particulièrement graphiques ?

Là encore, je n’y comprenais pas grand-chose, je trouvais qu’il y avait trop de choses qui se passaient au même moment, mais je m’en remettais à la vision de Can. Tous les effets gore se faisaient sur le plateau au moment du tournage. Il y avait énormément de temps pris pour faire les maquillages. J’étais épuisée, ça puait le kéfir qu’il avait mis dans des espèces de capotes pour confectionner le cocon. Dès que je le touchais, ça se trouait et tout coulait. Cela me donnait envie de vomir. Dans le même temps, Can était là à m’asperger de sang entre les jambes tout en me hurlant les émotions que je devais ressentir. Et pourtant, c’était chouette à tourner. Je devais être ailleurs, j’étais une machine à faire, dans un état presque fiévreux. Quand j’ai découvert le film à l’Etrange Festival en 2017, j’ai été très fière du résultat. Peu importe les critiques, j’ai un amour profond pour ce film.

 

 

Publié le 07/10/2018 par Laurent Pécha

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