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Interview Scooter Corkle (Hollow in the land)

Pour son premier long-métrage, Scooter Corkle, canadien anglophone, entraîne la jolie Dianna Agron dans une course-poursuite haletante pour retrouver son frère accusé de meurtre. Rencontre avec un jeune réalisateur qui a presque toujours su ce qu’il voulait faire.

scooter corkle, interview du réalisateur de hollow in the land

 

Vous avez un parcours un peu particulier avant de passer à la mise en scène.

Je viens de la ville même où se situe l’histoire de Hollow in the land. C’est une petite ville. Je suis parti à Vancouver pour devenir acteur. Mais je me suis très vite aperçu que la vie de comédien ne m’allait pas du tout. Je suis donc passé derrière la caméra.

J’ai expérimenté toutes sortes de postes au sein d’une équipe de film et j’ai finalement trouvé ma place en tant que chef électro. Et j’ai fait ça pendant sept ans. Mon but était alors de devenir directeur de la photo. En tournant des pubs, des courts et même un long, j’ai alors découvert que le contrôle qu’avait un chef opérateur était un peu bizarre sur un plateau. On a beaucoup de pouvoir mais pas tous les pouvoirs. Et j’ai trouvé ça trop limité. Alors qu’en chef électro, j’étais en charge d’une seule chose : éclairer le plateau et c’est moi avec mon équipe qui contrôlait cela.

J’ai donc tenté de voir si la mise en scène n’allait pas mieux me convenir. En 2009, j’ai ainsi réalisé mon premier court-métrage pour un festival de films d’horreur. Et j’ai adoré faire ça. J’ai travaillé avec de nombreux réalisateurs, des bons et des mauvais. J’ai appris d’eux. En fait, si je remonte en arrière, j’ai toujours eu un rôle de leader. J’ai été le capitaine de l’équipe de natation de notre ville ainsi que celle du water-polo. C’est pourquoi le poste de réalisateur m’a séduit. J’ai imaginé que c’était là où je pouvais le plus facilement et sans contrainte m’exprimer.

 

Vous semblez avoir abandonné vraiment rapidement vos désirs d’être comédien. Étonnant ?

Dans la ville d’où je viens, il n’y a pas d’aides financières pour faire des films. Pour beaucoup de choses même tant il s’agit d’une toute petite ville. Comme on est au Canada, tous les sous allaient en fait au département du hockey sur glace. Au lycée, j’ai dû me débrouiller presque tout seul, en montant par exemple une pièce. Cela m’a permis d’assouvir mes envies créatives.

Mais quand je suis parti en ville, j’ai vraiment découvert ce qu’était le métier d’acteur, comment il fallait sans cesse se battre pour obtenir un rôle, pour créer le désir chez un metteur en scène. Et j’ai alors compris que je n’avais pas ça en moi. Je ne me voyais pas passer ma vie à faire des auditions.

 

 

En tout cas, cela vous a permis de bien diriger vos comédiens. Ils sont tous excellents et notamment Dianna Agron que l’on n’avait pas eu l’occasion de voir au cinéma aussi bonne.

Tout commence avec le scénario. Le fait d’avoir pu choisir les mots en l’écrivant aide d’autant plus que l’on a été fidèle à ce qui était écrit. Je suis plutôt bon avec les dialogues parce qu’en fait je les joue. Il ne faut pas me voir le faire car vous me prendriez pour un fou. Je teste par moi-même tous les dialogues avec les intentions et émotions qui vont avec.

Une fois ainsi préparé, il est bien plus facile de travailler avec les comédiens et pouvoir adapter certains éléments. Avec mon bref passé d’acteur, je sais qu’ils ont besoin d’une certaine autonomie, mais ils aiment aussi être pris en main et façonnés. J’aime prendre beaucoup de temps en amont du tournage pour comprendre leurs souhaits et inquiétudes et voir ce que l’on peut faire ensemble pour y arriver.

Concernant Dianna, il faut savoir qu’elle a accepté de passer une audition pour le rôle. Ce qui est dingue au regard de notre tout petit peu budget. Mais elle a toujours été mon choix numéro 1. Elle convenait si bien au rôle.

 dianna agron sur le plateau de hollow in the land

 

C’est étonnant car justement l’une des forces de votre film est de voir une Dianna Agron que l’on n’aurait pas vu dans un tel rôle.

J’ai toujours cherché quelqu’un qui pouvait être aussi crédible en capitaine de l’équipe de cheerleaders qu’en ouvrière « redneck » et lesbienne. Et quand elle a lu pour le rôle, ce qui m’a frappé, c’est à quel point on s’est bien entendu et à quel point il était facile d’échanger, même lors d’une conversation skype. Et elle avait ce côté « badass » dans ses propos qui m’a séduit.

 

Avez-vous écrit le scénario avec à l’esprit que le budget risquait d’être peu élevé ?

Il y a un paradoxe au Canada. Il y a énormément de productions du côté de Vancouver mais c’est essentiellement des films qui se font pour Hollywood. La production purement canadienne, surtout celle en langue anglaise, est assez marginale. Donc, c’est très dur de faire aboutir des projets. Il faut donc avoir en tête que les budgets ne peuvent pas importants et ce effectivement dès l’écriture du scénario. J’ai réalisé un court-métrage, Chloe and Attie à 500 dollars, puis un deuxième à 35 000 dollars, avec un tournage beaucoup plus long. Je travaille avant tout avec une bande de gens qui sont tous devenus des potes. Concernant Hollow in the land, on a tous voulu travailler sur un projet un peu plus grand, mais plus dur à faire étant donné l’argent que l’on a pu récolter. Faire un thriller pour 600 000 dollars, c’est un challenge fou mais on est tous allés au-delà de nos limites.

 chloe and attie court métrage de scooter corklChloe and Attie

 

Pourtant, vous ne vous êtes pas facilité la tâche en filmant la moitié de votre film de nuit, ce qui a tendance à faire grimper les coûts.

C’est vrai. Il a fallu trouver la bonne luminosité pour créer un style visuel qui rentre dans le budget. Mais le choix d’utiliser une caméra à l’épaule pour la majeure partie des plans a facilité cela. Même si, c’est aussi avant tout un choix narratif. On ne voulait pas s’enfoncer dans les clichés des thrillers où le spectateur sait ce qui va arriver avant le personnage principal. La caméra à l’épaule nous a permis d’être constamment avec l’héroïne qu’interprète Dianna Agron. On voit ainsi tout à travers ses yeux.

 

Aux premiers abords, avec le titre, l’univers, l’actrice principale,… on pourrait croire que votre film est américain. Qu’est-ce qui selon vous en fait un film profondément canadien ? Voyez-vous une différence entre votre film et un film américain indépendant ?

(Longue hésitation). La culture canadienne, dépendant d’où vous êtes dans le pays, est très influencée par les États-Unis. Mais une chose qui fait l’unicité canadienne, c’est les personnages et leur rapport entre eux, ainsi que le lieu, une ville canadienne rurale. Aussi les accents et le hockey, qu’on a rajouté. C’est une question très intéressante, je ne sais pas trop comment y répondre à vrai dire (rires). Il va falloir que je médite dessus (sourire).

 

En voyant votre film, j’ai pensé à David Lynch. Ce côté sombre de la petite ville où les gens ne sont pas ce qu’ils sont et où la quête de vérité se transforme en long cauchemar éveillé pour l’héroïne.

Oh, merci. Je suis extrêmement flatté. David Lynch a un grand effet sur les gens, car il donne un sens du lieu. Il suffit pour cela de voir Mulholland drive. Pour Hollow in the land, cela peut sans doute se sentir parce que j’ai travaillé dans cette ville, je connais parfaitement cette ville, beaucoup d’acteurs viennent de cette ville,… On a tout fait pour que cela sonne vrai, que sans connaître cette partie du monde, vous vous sentiez totalement familier avec le lieu.

Pour le côté sombre du récit, la terreur menaçante qui plane sur Dianna, je ne peux pas prétendre être au niveau du maître absolu qu’est Lynch. Mais il y avait sûrement, inconsciemment, ce désir de se rapprocher de ces sensations-là.

 

 

[Question et réponse à lire après avoir vu le film] Avez-vous pensé à tuer le frère ou avez-vous toujours décidé que le film se clôturait de manière heureuse ?

Quand j’ai commencé à écrire le scénario, j’ai imaginé qu’on le retrouverait mort et qu’Alison (Dianna Agron) allait devoir vivre avec. Mais ça ne marchait pas. Il disparaît très vite du film et toute l’histoire tourne autour de sa recherche. Cela n’aurait pas été juste pour les spectateurs de les faire attendre et espérer autant de temps pour finalement leur asséner sa mort en toute fin de récit.

 

Vous êtes un réalisateur gentil ?

(rire). Je suis canadien après tout !

 

Pour reprendre une phrase qu’André Dussollier m’a dite un jour : « il y a le film que vous écrivez, le film que vous filmez et le film que vous montez, et parfois voire souvent, ce n’est pas le même film ».

En tant que réalisateur, il faut être malléable. Effectivement, vous faites le film trois fois. Vous ne devez pas vous laisser influencer par tous les détails du scénario. Certaines scènes sont entièrement coupées, dans le but de raconter une meilleure histoire. Pendant le tournage, certains éléments sont en complète contradiction avec le scénario, à commencer par le temps qu’il fait quand on tourne. Il faut être constamment capable de « tuer ses bébés » comme on dit. Un réalisateur doit savoir passer outre ses propres affinités pour parvenir à raconter une meilleure histoire.

 

Le thème fort de votre film tourne autour des relations familiales, de ses propres racines, le fait que l’on ne puisse jamais vraiment échapper complètement de là où l’on vient.

Tout à fait. Les actes d’un père auront toujours un effet sur son enfant. Et c’est à ce dernier de choisir comment vivre avec ça. Dans Hollow in the land, il est question de pardon, du poids du nom de famille. Le film commence avec le fait d’avoir le mauvais nom de famille dans une petite ville. C’est une dure réalité dans les petites villes où tout le monde se connaît.

 

 

Alison ne doute jamais de son frère. Elle croit en la famille.

Je pense qu’elle croit que son frère a une chance, même s’il accumule les conneries. Elle en a aussi la garde, il est sous sa responsabilité. Retrouver son frère, c’est pour elle la dernière chance de rédemption du nom Miller.

 

Quand on découvre vos courts et Hollow in the land, on est frappé par leur style visuel très différent et très marqué. De toute évidence, vous faites partie de ces cinéastes qui accordent une très grande importance au look de leurs films.

C’est vrai, j’écris toujours avec le visuel en tête. Je ne suis pas très intelligent (sourire), mais je rêve beaucoup d’images. J’aime effectivement les films de réalisateurs qui mettent l’accent sur l’image. Cela vient peut-être de mon désir premier d’être directeur de la photo. Je résonne toujours de manière plus visuelle qu’intellectuelle.

 

On dit souvent que le premier film doit être le plus personnel. En quoi Hollow in the land répond à cet adage ?

Je n’ai pas de relation avec mon père biologique, ma mère m’a élevé. Mon beau-père est mon vrai père. C’est lui qui a fait l’homme que je suis devenu. Mais je sens qu’il me manque quelque chose. C’est de là où Hollow in the land a commencé : le père manquant dans la famille.

Et bien sûr, le fait de tourner dans ma ville natale. Ma mère vit toujours là-bas. Mes amis sont dans le film. L’équipe du film est composée de gens qui sont tous des amis. Tout le monde a été payé pareil. Ils m’ont tous faits confiance pour que je puisse raconter mon histoire.

 

Traduction et retranscription faites par Mihail Babus

Publié le 07/12/2017 par Laurent Pécha

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