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Nostalgie communiste

Natalya Kudryashova : « Nous aspirons tous à quelque chose de plus grand, nous aurions tous voulu être des héros, nous rêvons tous à un dépassement de soi. »

Comédienne russe passée à la réalisation en 2015 avec Pioneer heroes, disponible sur e-cinema.com à partir de vendredi 30 novembre, Natalya Kudryashova évoque la genèse compliquée d’un film très personnel tout en laissant entrevoir un certain spleen sur une époque révolue qui a durablement marqué son pays.  

Pioneer heroes semble être inspiré de toute évidence par votre expérience de vie ?

Notre enfance en URSS était abondante, mais avec un sens particulier. Nous avons été éduqués avec des histoires d’exploits héroïques et avec l’idée du sacrifice personnel.  Nous attendions l’avènement d’un futur brillant pour tous et étions des fervents supporters du communisme. On nous a élevé pour être des rêveurs altruistes. Durant mon enfance, j’étais persuadée que nous devions tous devenir des héros et réaliser de courageux exploits. Parce que nous étions trop jeunes, nous n’avons pas pu nous rendre compte des pièges de cette époque artificielle et ce fut une surprise quand, âgés de 10-15 ans, nous avons assisté à l’effondrement de l’URSS et qu’une nouvelle époque démarrait. Tout le contraire des ces gosses nés dans les années 2000 et qui sont devenus des jeunes gens à succès parfaitement intégrés aux nouvelles valeurs de la Russie contemporaine. Les valeurs d’héroïsme et du futur radieux pour tous ont été désormais remplacés par le désir de réussite personnelle et de stabilité. Quand je pense à ma génération, je me rends compte à quel point on a pu être très actif tout en étant très immature. J’ai de nombreux amis qui ont réussi professionnellement parlant, qui gagnent beaucoup d’argent, mais pourtant tout ceci ne leur apporte pas une totale satisfaction. Ils ont tout et pourtant il leur manque quelque chose d’essentiel. Malgré leurs avantages matériels, ils sont spirituellement insatisfaits. Avoir grandi à l’époque du « temps des idées », bien qu’artificielles et naïves, et se retrouver aujourd’hui dans une époque privée de croyances essentielles et formidables. Nous devons faire face aujourd’hui à la fraude et les compromis et cela ne concerne pas uniquement la Russie.  

 

 

Fallait-il obligatoirement que votre histoire se déroule là-bas ?

Non, ce n’est pas forcement important. J’aurai pu très bien utiliser un autre contexte historique pour faire passer les mêmes messages. C’est juste que cela vient de mon âme, de ce que j’ai pu vivre personnellement. Pour être honnête, nous aspirons tous à quelque chose de plus grand, nous aurions tous voulu être des héros, nous rêvons tous à un dépassement de soi.

 

Combien de temps avez-vous mis pour développer le projet ?

Cela ne m’a pas pris beaucoup de temps. Le cinéma est pour moi une question de sensation et si vous l’avez, tout va très vite. Je savais exactement ce que je voulais raconter et dire. J’étais totalement inspiré par le sujet. Et quand vous êtes dans cet état d’esprit, tout vient assez facilement.

interview pioneer heroes

 

Que retenez-vous de l’expérience du tournage ? Surtout qu’il s’agissait de votre premier long-métrage.

Parce que j’étais débutante, ce fut très difficile. Je ne connaissais pas les différents équipements et installations, je ne pouvais pas engager ma propre équipe puisque je ne connaissais personne. Choisir les gens avec qui j’allais travailler, fut un processus long et difficile. Je n’ai pu me fier qu’à mon feeling. Avec certaines personnes, je me suis trompée et avec d’autres, j’ai déjà envie de retravailler avec. Produire des films en Russie, ce n’est vraiment pas simple. Je n’ai pas envie de dire de méchantes choses, mais trop de gens dans l’industrie cinématographique russe sont déjà habitués à faire des compromis. Il est donc parfois difficile d’entraîner une personne vers un autre niveau, là où les compromis disparaissent au profit de la vraie création. Les séries télé où le règne du travail médiocre prédomine, nous ont pourris gâtés.

interview natalya kudryashova

 

Avez-vous eu beaucoup de difficultés pour trouver vos acteurs enfants ?

Ce fut de toute évidence l’une des plus grosses difficultés du projet. Nous avons parcouru toutes les agences, théâtres de Moscou, mais tous les enfants qui y étaient, possédaient déjà des tics de jeu. Ils avaient trop conscience de jouer. C’était un cauchemar. On avait l’impression de se retrouver face à des enfants à qui on avait enlevé leur part d’enfance pour leur inculquer des méthodes théâtrales pour appréhender les diverses situations émotionnelles. Plus le casting continuait et plus j’étais désespérée face à la situation qui empirait. Au point que j’ai dit aux parents qui avaient encore des enfants avec des attitudes naturelles, de ne jamais les envoyer dans des studios, des groupes de travail. Comme les enfants des séries télé et des films n’étaient guère plus convaincants, nous nous sommes dirigés vers les réseaux sociaux afin d’engager des enfants qui n’étaient pas des acteurs professionnels. Je n’ai pas arrêté de parler autour de moi que je recherchais ce genre d’enfants et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à recevoir des propositions intéressantes.   Nous avons trouvé comme ça Varya (qui joue la petite Katya), Sima (qui joue la petite Olga et qui nous a contacté via Facebook) et Nikita. Nous avons mis plus de temps à trouver Sergeyev mais lui-aussi, ce fut grâce à Facebook. Nous avons alors énormément répété face à la caméra car j’avais besoin de voir à quel point ils étaient capables de montrer leurs émotions. C’était très important tant les scènes avec les enfants sont très complexes et dramatiquement fortes. Je ne savais pas vraiment comment leur expliquer tout ce qui se tramait sous ce concept des pionniers, mais il s’agissait plus de foi, d’extrémisme, de rêves et ça, tous les enfants, quel que soit leur âge, peuvent le comprendre.

 

Propos tirés du dossier de presse du film disponible sur Alpha violet.

Publié le 26/11/2018 par Laurent Pécha

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