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L'Eldorado du cinéma fantastique

Festival de Sitges : du pire au meilleur

Du 4 au 14 octobre dernier s’est déroulé le 51ème festival international du cinéma fantastique de Catalogne à Sitges. Une orgie de films avec des projections à foison s'étalant du petit matin jusqu'à très tard dans la nuit. On y était, on a vu beaucoup de films. Voici notre bilan !

Sitges, c’est un peu l’auberge espagnole du cinéma. Alors, oui, les films fantastiques et d’horreur se taillent la part du lion, mais le festival ne s’arrête pas à cette sectorisation de façade et on peut facilement trouver quantité de films bien éloignés de ces univers. Il y en a vraiment pour tous les goûts à l’image des multiples sections et compétitions que le festival organise (on cherche encore à comprendre la logique de tout ceci). Armé de son catalogue, de ses recherches faites en amont, de conseils de camarades bien introduits dans le milieu de la programmation, on s’est lancé durant 10 jours dans un marathon de films juste entrecoupé d’interviews de cinéastes de renom (Douglas Trumbull, William Lustig ou encore Jaume Balagueró) qui ont dû répondre à notre quiz cinéma. En attendant de découvrir les films qui les ont marqué, on vous propose de lire ceux qui nous ont plu ou pas durant cette riche édition d’un des plus fantastiques festivals du monde.

 

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mandy affiche

Mandy de Panos Cosmatos

Adulé par beaucoup (trop), récompensé du prix de la mise en scène à Sitges, le second (car oui on espère que ça s’arrêtera là) film du fils du réalisateur de Rambo 2 est une véritable purge qui se prend au sérieux. Se prenant pour un David Lynch sous coke qui lorgnerait du côté de Clive Barker, le fils du réalisateur de Rambo 2 fait dans l’arty gore et se repose sur un Nicolas Cage déchaîné et givré (un pléonasme) pour insuffler de la moelle à une histoire qui ne raconte presque rien. C’est abominablement long et totalement abrutissant.

 

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Girls with balls d’Olivier Afonso

Girls with balls d’Olivier Afonso

Contrairement à Mandy, il n’y a pas de prétention auteurisante chez Afonso, juste la volonté de faire une comédie horrifique qui réjouira les festivaliers du monde entier. Mission accomplie puisque le film a connu un succès manifeste du côté du public espagnol au cœur des nuits que le festival affectionne tant. Pour notre part, on a trouvé ça affreux et navrant de bout en bout.  Le mélange comédie vraiment lourdingue (la douloureuse séquence de la pisse, le cabotinage horripilant d’Arthus en chef de bande,…) et séquences d’action gore ne fonctionne jamais. Seul petit avantage notable : le film ne dure que 75 minutes.

 

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Puppet master : the little reich de Sonny Laguna et Tommy Wiklund

Puppet master : the little reich de Sonny Laguna  et Tommy Wiklund

Projeté juste avant Girls with balls dans une nuit décidément bien difficile pour nos rétines déjà bien usées (on était en fin de festival), ce nouvel opus de la saga Puppet master attire l’attention par son scénariste, un certain S. Craig Zahler (oui, le réalisateur de Bone Tomahawk et Section 99 et de Dragged across concrete que vous retrouvez plus bas dans ce dossier). Alors oui, le monsieur sait écrire des bons dialogues, prépare même quelques séquences de massacre fort réjouissantes (la poupée Hitler qui finit dans le four) mais tout ceci est vraiment trop cheap pour convaincre et ce en dépit d’un casting prestigieux eu égard au budget qu’on imagine riquiqui du film.

 

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Pig de Mani Haghighi

Pig de Mani Haghighi

Une farce horrifique qui tourne court. Mettant en scène un réalisateur iranien aussi névrotique que Woody Allen en danger face à un mystérieux serial-killer bien décidé à supprimer tous les plus prestigieux cinéastes du pays, Pig avait tout pour être une satire politique féroce sur les difficiles conditions d’artiste en Iran. Malheureusement, cet aspect du récit est très vite abandonné ou traité en filigrane au profit d’une sorte de Cluedo grandeur nature pas très passionnant et surtout très répétitif.  

 

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I think we’re alone now de Reed Morano

I think we’re alone now de Reed Morano

Un casting 4 étoiles avec Elle Fanning, Peter Dinklage, Charlotte Gainsbourg et Paul Giamatti (même si les deux derniers apparaissent que brièvement) pour un pitch de fin du monde que la série The Last man on earth a brillamment exploité récemment. Malgré d’évidentes qualités cinématographiques (la photo notamment), de solides performances des comédiens, le film de Reed Morano tourne trop vite en rond et n’a pas grand-chose à raconter. On s’ennuie poliment en guettant un angle d’attaque novateur qui ne vient jamais.

 

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Nightmare cinéma de Alejandro Brugues, Joe Dante, Mick Garris, Ryuhei Kitamura, David Slade

Nightmare cinéma de Alejandro Brugues, Joe Dante, Mick Garris, Ryuhei Kitamura, David Slade

Les éternels films à sketchs horrifiques et leur aspect bancal. Il est pratiquement impossible dans cet exercice que le niveau reste le même. Il faut donc accepter des moments très faibles (malheureusement, ça vient ici de Joe Dante), sans grand intérêt (Mick Garris, mais ce n’est pas une surprise), ambitieux mais pas très concluants (David Slade) mais aussi réjouissants (le sketch d’ouverture très parodique d’Alejandro Brugues) ou bien barrés (du Kitamura dans le texte). En guise de lien en mode amour du 7ème art (les transitions se passent au sein d’un vieux cinéma), on a le droit au cabotin Mickey Rourke qui a l’avantage depuis longtemps de faire peur sans maquillage.

 

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Overlord de Julius Avery

Overlord de Julius Avery

En salles le 21 novembre prochain, cette production J.J. Abrams tente d’allier le film de guerre façon Il faut sauver le soldat Ryan et l’esprit jeu vidéo façon Wolfenstein en mettant en avant les très tendances zombies sur le devant de la scène. Beaucoup de bruit pour rien du tout tant le film de Julius Avery échoue dans presque tout ce qu’il entreprend. Excité par des zombies nazis, on déchante vite de se retrouver face à un film de guerre finalement assez fauché où l’inutile parlote remplace très vite l’action après une séquence introductive qui pompe très mal Edge of tomorrow. On guette désespérément le moment où le récit va enfin partir et assumer le grand n’importe quoi de son intrigue. Quand cela arrive enfin dans l’ultime demi-heure après d’interminables préparatifs d’attaque, Overlord se montre bien timoré n’arrivant même pas à la cheville d’un Dead snow, référence récente du film de zombies nazis (ouais c’est presque un genre à lui tout seul). Bref, après nous avoir titillé avec une promo excitante, Overlord est un gros pétard mouillé. Petite consolation, la découverte de la polyglotte Mathilde Ollivier que l’on a hâte de revoir dans l’univers du film d’action.

 

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Tumbbad de Rahi Anil Barve et Adesh Prasad

Tumbbad de Rahi Anil Barve et Adesh Prasad

Un film d’horreur venu d’Inde. On n’a pas trop l’habitude d’en voir alors on s’y engouffre en se demandant à quelle sauce on va être mangé. Bien que trop long d’un gros quart d’heure, un poil répétitif et surtout prévisible dans ses rebondissements très moralisateurs, le spectacle de cette malédiction ancestrale à base de sorcières-monstres affamées possède un vrai charme et parvient même à faire (un peu) peur lors des séquences où les héros s’engouffrent dans l’antre interdite. En revanche, si comme nous, vous pensez que le héros est un clone de Roland Magdane jeune, la dose d’incrédulité pour le récit risque d’en prendre un coup.

 

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Muere, Monstruo, Muere d’Alejandro Fadel

Muere, Monstruo, Muere d’Alejandro Fadel

En anglais dans le texte, Murder, me, monster et en français Meurs, monstre, meurs pour sa sortie annoncée en janvier 2019 (il était important de souligner le respect une fois n’est pas coutume du très beau titre original). Là aussi, le film souffre d’un ventre mou qui aurait pu être rédhibitoire si la dernière demi-heure, subliment photographiée, n’osait pas aller jusqu’au bout de son concept film de monstre avec à la clé une des plus étonnantes créatures que le cinéma ait pu nous proposer récemment. Aussi imparfait qu’il soit, le film d’Alejandro Fadel fascine par sa capacité à être à la fois un pur film d’auteur estampillé Cannes et un vrai film de genre.

    

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Summer of 84’ de François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell

Summer of 84’ de François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell

Après un déjanté mais très imparfait Turbo Kid, le trio canadien continue de revisiter l’univers ciné des années 80. Si avec leurs jeunes héros à bicyclette en quête de débusquer un serial-killer, on pense à Stranger things, c’est surtout à un remake presque total de Vampire vous avez dit vampire ? auquel on assiste, le danger vampire ayant été remplacé par un tueur en série. Cela se regarde sans déplaisir même si le rythme est faiblard, notamment parce que les gosses sont incarnés par de bons comédiens, mais au final, la nostalgie et l’aspect référentiel montrent ses limites.

 

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Buybust de Erik Matti

Buybust de Erik Matti

Venu d’Indonésie, Buybust est là pour combler les amateurs de films où ça cogne et flingue à tous les étages. Dans les bidonvilles de Manille, personne ne vous entend vous faire exploser la tronche. Surtout pour ces policiers cherchant à arrêter un dangereux trafiquant et qui vont devoir comme les fameux Warriors de Walter Hill survivre à une nuit en enfer où tout le monde veut leur peau. Bien loin de la virtuosité technique et physique d’un The Raid (on y revient toujours ces temps-ci) mais terriblement généreux dans la surenchère à l’image d’un plan séquence assez dingue, Buybust gagne notre sympathie sur la longueur. Et aussi parce que Anne Curtis est parfaite en action girl et qu’on a très, très envie de la revoir dans pareil exercice du côté d’Hollywood.  

 

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The Night Shifter de Dennison Ramahlo

Morton não fala / The Night Shifter de Dennison Ramahlo

Avec son postulat intrigant de gardien de nuit à la morgue qui a la faculté d’entendre les morts lui parler, le film de Dennison Ramahlo s’éloigne petit à petit de la simple intrigue du mari cocufié vengeur pour devenir un authentique film de possession avec esprit malfaisant qui fait vivre l’enfer à notre héros et ses proches. Handicapé par une dernière partie certes spectaculaire mais qui aurait tant gagné à être resserrée, The Night shifter parvient néanmoins à démontrer que d’autres pays peu habitués à ce genre de productions sont capables d’être des plus efficaces. Mention spéciale à une interprétation de haute volée qui est pour beaucoup dans notre crédulité pour un récit parfois très chargé.

 

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The night comes for us de Timo Tjahjanto

The night comes for us de Timo Tjahjanto

Parti jouer aux apôtres pour Netflix, Gareth Evans laisse à d’autres le soin d’investir la cour pour se bastonner à tout va. Comme l’élève Timo Tjahjanto avait déjà montré de belles dispositions en duo avec Kimo Stamboel dans Headshot, on n’est pas surpris devant les impressionnants combats sanglants qui jalonnent The Night comes for us. Disponible sur Netflix, l’œuvre comblera les amateurs de la saga The Raid qui ne tiennent pas rigueur d’un scénario en carton, juste prétexte à un déluge de coups tous plus spectaculaires les uns que les autres (contrairement à ceux que beaucoup pensent, The Raid 1 & 2, enfin surtout le 1, disposent d’un solide script). Parmi les innombrables affrontements, notre préférence va à celui 100% féminin qui montre que le coup qui fait très, très, très mal n’est pas l’apanage du seul sexe masculin.

 

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Le Bon apôtre de Gareth Evans

Le Bon apôtre de Gareth Evans

Disponible sur Netflix depuis peu, le film du réalisateur de The Raid et The Raid 2, soit deux gros monuments de coups de tatane, a de quoi désarçonner les plus coriaces fans de la première heure. Le jeune cinéaste gallois lorgne ici du côté de The Wicker man et du Village de Shyamalan. Et ça marche étonnamment bien même si la durée excessive et des ruptures de tons n’aident pas forcément à une adhésion totale. 

 

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The house that Jack built de Lars von Trier

The house that Jack built de Lars von Trier

Récemment sorti en salles en France, le dernier Lars von Trier est ce que le cinéaste a fait de mieux depuis longtemps (bon, ok, on avoue ne pas être très fan du monsieur depuis très longtemps, en gros, son meilleur film, c’est Element of crime et depuis ça baisse). Au-delà de la mise en abyme sur le cinéaste dont on se fiche un peu, The House that Jack built est surtout une relecture très originale de la figure du serial-killer. Sans oublier que c’est horriblement drôle et que Matt Dillon est absolument génial dans le rôle. Bon, la dernière partie part sacrément en vrille mais comme ça fait plus de deux heures qu’on a adhéré à cette chronique champêtre d’un tueur, on pardonne largement à von Trier de refaire du von Trier que l’on n’aime pas. Comme quoi, il faut juste savoir nous caresser dans le sens du poil ! 

 

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The spy gone north de Yoon Jong-bin

The spy gone north de Yoon Jong-bin

Ce qui est bien avec le thriller coréen, c’est qu’on est presque toujours en position de voir un truc hautement recommandable. Donc, quelque soit l’heure de projection, même très tardive, on fonce. Déjà présenté au dernier festival de Cannes et en salles le 7 novembre, The Spy gone North possède un récit d’espionnage passionnant de bout en bout et ce même si on a parfois du mal à suivre une intrigue complexe. Qu’importe tant l’impression d’être au cœur d’un récit presque historique suffit largement à notre bonheur (la réalité ayant depuis la conception du film rattrapée la fiction, les deux Corée s’étant rapprochées à la surprise presque générale). Et un film dont le final pourrait presque renvoyer à celui de Casablanca, est un film qui se doit d’être vu.

 

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l'ange de Luis Ortega

L'Ange / El angel de Luis Ortega

Produit par Pedro Almodovar, L'Ange n’avait un peu rien à faire dans un festival de films fantastiques. Cela fait partie du charme incompréhensible de Sitges et finalement on ne peut ici que s’en réjouir puisque l’on n’était pas à Cannes cette année où le film marqua les esprits des spectateurs de la section Un certain regard. Et on les comprend tant ce biopic d’un serial-killer au visage d’ange dans l’Argentine militaire des années 70 fascine. Jouant à fond sur tous les contrastes possibles, Luis Ortega parvient à créer une déstabilisante empathie pour un personnage qui n’a de cesse de commettre des atrocités avec un naturel confondant. Porté par un Lorenzo Ferro à qui on donnerait effectivement le bon Dieu sans confession et bien épaulé par Chino Darín, tout aussi charismatique et beau que son paternel (Ricardo Darín), L'Ange est un thriller de bout en bout épatant. À découvrir en salles en janvier 2019.

 

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Piercing de Nicolas Pesce

Piercing de Nicolas Pesce

Bête de festivals, bientôt disponible sur notre plate-forme e-cinema.com, le film de Nicolas Pesce est un OVNI qui nous a beaucoup fait penser à La Secrétaire avec Maggie Gyllenhaal. Sur une bande originale entièrement composée d’extraits de giallos ou d’œuvres italiennes de genre (on y entend même un des morceaux de Tentacules, film de monstres italien des 70’s avec John Huston), le réalisateur orchestre une rencontre complètement improbable entre un jeune père de famille bien décidé à commettre un meurtre pour en découvrir les sensations et une escort-girl au passif peut-être encore plus névrotique que son prédateur. La force du film est d’aller jusqu’au bout de ses idées et de proposer une des plus attachantes et intrigantes rencontres que l'on ait pu voir au cinéma ces derniers temps.

 

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The man who killed Hitler and then the Bigfoot de Robert D. Kryzkowski

The man who killed Hitler and then the Bigfoot de Robert D. Kryzkowski

Le titre fait croire à une nouvelle série B foutraque, voire Z dans la lignée d’Iron Sky ou autre Dead snow. Grave erreur car s’il ne ment pas et donc spoile l’intrigue, le film de Robert D. Kryzkowski est d’une toute autre nature. À l’image de son héros incarné par Sam Elliott et sa gueule au spleen magnifique, le récit joue la carte d’une mélancolie touchante, celle finalement d’une histoire amoureuse qui n’aura jamais eu lieu. Alors, oui Hitler et le Bigfoot se font tuer donnant l’occasion d’assister à de bons moments de bravoure, mais ce que l’on garde en tête de cette œuvre superbement shootée au moment où les lumières se rallument, c’est le regard rempli de regrets de cet homme, ce mythe américain qui n’a pas eu la trajectoire de vie espérée. De là à y voir une métaphore sur la carrière de Sam Elliott, il y a un pas que l’on franchit allègrement, donnant un sel supplémentaire à un film qui gagnera peut-être un statut culte au fil des ans pour les trop rares spectateurs qui l’auront vu.

 

6

The Unthinkable de Crazy Pictures

The Unthinkable de Crazy Pictures

On n’a envie de rien dire sur ce complètement dingue film suédois. Ne regardez aucune bande-annonce, ne lisez rien dessus (voilà, vous vous arrêtez là). On a rarement vu des films de ce tonneau qui commence comme un mélo qui va autant chercher son inspiration chez Bergman que chez Coppola (fille). Et puis ça part en cacahuète pour se transformer en home invasion dantesque qui réjouira les fans de L’Aube rouge et Invasion USA. Le grand écart absolu qui à l’écran arrive à être crédible. D’autant que les auteurs du film multiplient les prouesses techniques pour en mettre plein la vue (il paraît que le budget ne serait que de 2 millions d’euros alors qu’il apparaît en couter 20 fois plus) tout en gardant un premier degré qui pourrait prêter à sourire mais qui par on ne sait quel miracle fonctionne à plein régime.

 

5

Freaks de Zach Lipovsky et Adam B. Stein

Freaks de Zach Lipovsky et Adam B. Stein

Pas facile de porter le même nom que l’un des immenses classiques du cinéma fantastique. Et pourtant, le film de Lipovsky et Stein séduit par sa capacité à sans cesse prendre des directions inattendues. Ou comment passer d’un récit qui fait penser à Room pour s’aventurer dans un univers plus proche de la saga X-Men dans un dernier tiers complètement barré où les auteurs du film redoublent d’ingéniosité pour magnifier constamment leur faible budget. Les deux cinéastes sont bien aidés dans leur tâche par un casting épatant d’où émerge l’incroyable Lexy Kolker, graine de star en puissance.

 

4

Tous les dieux du ciel de Quarxx

Tous les dieux du ciel de Quarxx

À force de continuer à y croire, on finit par être récompensé : oui le cinéma de genre français peut nous offrir de grands films. La preuve avec ce premier opus de Quarxx basé sur son court-métrage, Un ciel bleu presque parfait. On pense au Gaspard Noé de Seul contre tous, au Pierre Jolivet de Simple mortel, de belles références pour une œuvre singulière qui parvient à être multi-genres (drame social, récit fantastique, histoire d’amour-servitude déchirante). Sans oublier des performances d’acteurs hallucinantes qui font de ce Tous les dieux du ciel (quel beau titre) un des grands films français de 2019.   

 

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Dragged across concrete de S. Craig Zahler

Dragged across concrete de S. Craig Zahler

Troisième film de S. Craig Zahler et troisième uppercut dans la mâchoire. Après avoir revisité le monde du western avec l’éprouvant Bone Tomahawk, redonné ses lettres de noblesse au film carcéral (Section 99), le réalisateur floridien se lance dans le film de braquage social. Avec toujours cette fascinante capacité à prendre son temps et laisser ses personnages vivre pleinement dans le cadre de son intrigue. Et comme ceux-ci sont incarnés par des comédiens que l’on adore : Mel Gibson, Vince Vaughn, Michael Jai White notamment sans oublier de savoureux caméos de Don Johnson et Udo Kier, on prend un plaisir non dissimulé à ce jeu de chat et de la souris à qui des flics (ripoux) ou des truands finiront avec le magot et en un seul morceau. Superbement dialogué (non, Zahler ne fait jamais du sous-Tarantino comme certains le pensent), filmé avec un sens du cadre bluffant (le très long climax de fin est un cas d’école), jamais long malgré les 2h39 au compteur (on n’aurait pas craché sur une demi-heure supplémentaire) Dragged across concrete est le meilleur film de son auteur. C’est dire le niveau du bestiau !

 

2

American animals de Bart Layton

American animals de Bart Layton

Présenté en septembre dernier au dernier festival de Deauville où il a remporté le prix du jury, le film de Bart Layton, auteur du remarquable The Imposter sur la vie de Frédéric Bourdin, est une réussite totale. Partant à nouveau de personnages existants, le jeune réalisateur brosse un portrait effrayant d’une Amérique gangrénée par ce désir absolu de célébrité. En mélangeant œuvre fictionnelle et interviews face caméra des protagonistes du récit, Bart Layton brouille les pistes avec une habilité déconcertante. On pense tout autant au cinéma de Tarantino (l’utilisation de la musique et du montage est faramineuse) qu’à celui des frères Coen, les héros d’American animals étant dans leur bêtise et insouciance de lointains cousins des kidnappeurs de Fargo. Constamment fascinant, offrant des grilles de lecture passionnantes, riche de scènes au suspens redoutable (l’anthologique casse de la bibliothèque rythmée par une musique tétanisante) et magnifiquement campé par de sensationnels jeunes comédiens, American animals fait briller de mille feux le cinéma américain indépendant.

 

1

Assassination nation de Sam Levinson

Assassination nation de Sam Levinson

La bombe du festival de Sitges. Sa sortie en France est prévue pour le 5 décembre et il faudra se préparer à quelque chose de grandiose. En véritable auberge espagnole filmique, Assassination nation prend le risque de multiplier les genres et les approches et parvient à retomber constamment sur ses pieds. Récit teenager d’une rare justesse (on a déjà vu abondamment des films traités de l’influence dévastatrice des réseaux sociaux sur la jeunesse, mais jamais avec une telle efficacité) dopé par un esprit féministe jouissif (rares sont les messieurs à sauver dans cette histoire) et une charge politique qui explose tous les American nightmare de la planète, le film de Sam Levinson trouve l’équilibre parfait entre le pur divertissement proche de la série B (on y mélange le home invasion et le slasher en une fraction de seconde) et l’œuvre intelligente qui en dit finalement long sur l’Amérique de Donald Trump. Jubilatoire ! 

 

 

 

 

 

Publié le 07/11/2018 par Laurent Pécha

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