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Cannes 2017

Notre classement des films en compétition

De l'avis de beaucoup d'observateurs, la cuvée Cannes 2017 n'était pas un grand cru. Il y a eu pourtant de beaux moments de cinéma, de quoi se réjouir devant certains films tout en se demandant pourquoi d'autres avaient été sélectionnés. E-cinema.com a fait son classement du moins bon au meilleur des films en compétition. Attention, on n'a pas le même avis que le jury d'Almodovar.

in the fade

 

Il y aura donc eu 19 films en compétition pour cette 70ème édition.  Si le jury de Pedro Almodovar a eu de bonnes inspirations (on pense notamment aux deux prix d’interprétation) et la bonne idée de ne pas oublier deux des films les plus réussis de la compétition (120 battements par minute et Loveless qui méritaient tous deux la Palme), il s’est, à nos yeux, complétement planté en attribuant la Palme d’Or à The Square  et en donnant le Prix de la mise en scène à Sofia Coppola pour Les Proies (lire notre analyse du palmarès).  Après la critique, le verdict : voici donc notre classement du pire au meilleur de ce que Cannes 2017 nous a offert.

 

19- L’amant double de François Ozon (France, sortie salles : 26 mai 2017)

Avec : Marine Vacth, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset

Synopsis : Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

Pour : La possibilité de voir un thriller sulfureux en compétition rappelant l’époque de la sélection de Basic instinct. Un Ozon qui ose aller encore plus dans le genre tout en gardant certains de ses thèmes de prédilection. Marine Vachs qui confirme sa capacité à tenir un film sur ses frêles épaules.

Contre : Un cinéaste complètement à côté de son sujet. Le sentiment qu’un De Palma même bourré aurait su mieux s’en sortir. Le thriller érotico-psychanalytique a des codes qu’Ozon ne connaît absolument pas. Il ne suffit pas de citer ses maîtres pour réussir son film. Des dialogues d’une nullité consternantes (la pauvre Jacqueline Bisset et sa scène où elle insulte sa partenaire tel une personne atteinte du syndrome de la tourette fait peine à voir ou déclenche les rires moqueurs). Des séquences embarrassantes à l’instar de cette déjà culte sodomie gode ceinture. L’impression de voir un revival d’un Hollywood night de la grande époque TF1.

 

jérémie renier et marina vachs dans l'amant double de françois ozon

 

18- Rodin de Jacques Doillon (France, 1h59, sortie salles : 24 mai 2017)

Avec : Vincent Lindon, Izia Higelin, Séverine Caneele

Synopsis : À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’Etat : ce sera La Porte de L’Enfer composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme le Baiser et le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face et au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne.

Pour : Un sujet en or. L’envers du décor quelque part si on le compare au Camille Claudel avec Isabelle Adjani. La curiosité de voir Vincent Lindon se confronter à un personnage déjà interprété par un autre monstre sacré du cinéma français (Gérard Depardieu).

Contre : Il faut de sacrés bonnes oreilles pour comprendre ce que dit Lindon (merci les postillons dans la barbe). Heureusement à Cannes, on a les sous-titres anglais pour nous aider. En salles, c’est une autre histoire. On connaît même des spectateurs qui sont sortis et ont demandé à être remboursés. Le dernier grand film de Doillon remonte à plus de vingt ans et cela se voit. Hormis la diction de Lindon, c’est d’une platitude sans nom. 

 

vincent lindon dans rodin

 

17- Une femme douce de Sergei Loznitsa (Ukraine, 2h23, sortie salles : 16 août 2017)

Avec : Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva, Lia Akhedzhakova

Synopsis : Un jour, une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelques temps plus tôt à son mari incarcéré. Inquiète et profondément désemparée elle décide de se rendre à la prison, dans une région reculée de Russie, afin d’obtenir des informations. Ainsi commence l’histoire d’un voyage semé d’humiliations et de violence, l’histoire d’une bataille absurde contre une forteresse impénétrable.

Pour : Vasilina Makovtseva porte le film sur ses épaules. Elle n’aurait pas démérité avec un prix d’interprétation si Diane Kruger n’était pas une évidence.

Contre : Tant que le film s’articule autour de la tentative de cette femme pour aller rendre visite à son mari en prison, on adhère malgré des longueurs évidentes (l’interminable séquence de beuverie russe comme un passage obligé du genre). Malheureusement, Sergei Loznitsa nous assène dans la dernière partie une séquence onirique absolument insupportable qui plombe toutes les bonnes intentions du film. Sans parler qu’elle fait rejaillir la durée excessive de l’œuvre dans des proportions magistrales.  


 

 16- Le jour d’après d’Hong Sangsoo (Coréen, 1h32, sortie salles : 7 juin 2017)

Avec Haehyo Kwon, Minhee Kim, Saebyuk Kim

Synopsis : Areum s’apprête à vivre son premier jour de travail dans une petite maison d’édition. Bongwan, son patron, a eu une relation amoureuse avec la femme qu’Areum remplace. Leur liaison vient de se terminer.
Ce jour-là, comme tous les jours, Bongwan quitte le domicile conjugal bien avant l’aube pour partir au travail. Il n’arrête pas de penser à la femme qui est partie. Ce même jour, la femme de Bongwan trouve une lettre d’amour. Elle arrive au bureau sans prévenir et prend Areum pour la femme qui est partie...

Pour : Le chouchou de la critique française (les inrocks en tête) branchée a encore frappé : le noir & blanc est séduisant, les acteurs parfaits de naturel et ça parle pour dire beaucoup de choses mais aussi pas grand-chose. Cela a le mérite de ne pas s’éterniser en termes de durée.

Contre : Le mystère Hong Sangsoo s’épaissit. Le réalisateur coréen a ses fans de la première heure dont on ne fait absolument pas partie. Comme il est fidèle à lui-même dans cette capacité à faire des films sur presque rien, on l’est tout autant à rejeter son cinéma. Le jour d’après en moyen-métrage, on est plus que partant tant son marivaudage tourmenté peut être séduisant un moment. Mais sur 90 minutes, c’est un tout autre roman/film !


 

 15- The square de Ruben Östlund (Suède, 2h20)

Avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West

Synopsis : Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

Pour : Difficile de comprendre l’adhésion du jury au point de lui offrir la Palme d’Or mais on va essayer. Oui, le film est plutôt drôle par moments (la très réussie séquence de la capote), la satire marche plusieurs fois (surtout lors des séquences avec l’agence de com) et les comédiens sont tous excellents. Voilà, c’est tout, on n’a pas mieux en magasin.

Contre : 2h20 pour ça ! Sérieusement ! Une succession de sketchs qui se veulent provocateurs et satiriques mais qui se contentent d’enfoncer des portes ouvertes. La forme ne rattrape en rien le fond à l’instar de l’interminable séquence du singe humain. Le précédent opus de Ruben Östlund (Snow therapy), pourtant pas incroyable, était nettement plus convaincant et accompli dans sa démarche dénonciatrice. On prend le pari que The Square saura oublier dans 10 ans.

 

 

14- Les proies de Sofia Coppola (USA, 1h34, sortie salles : 23 août 2017)

Avec : Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning

Synopsis : En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.

Pour : Les films de Sofia Coppola sont toujours soignés et Les Proies n’échappe pas à la règle. La photo est magnifique et fait presque tout le film. Même totalement sous-exploités, le casting prestigieux fait le job.

Contre : Globalement, on reproche avant tout au film de ne rien apporter face au chef d’œuvre de Don Siegel. Ce n’est certes jamais mauvais, c’est juste anecdotique. On a même la furieuse impression que le film ne démarre jamais vraiment. Colin Farrell ne tient pas une seule seconde la comparaison face au souvenir de Clint Eastwood. C’est une énorme erreur car si Les Proies est un film de femmes, il s’articule autour d’un homme et celui-là a besoin d’être mis (et de se mettre) en valeur. On cherche encore la relecture qu’a voulu faire Sofia Coppola du roman initial et donc du film de Siegel dont elle reprend TOUS les principaux rebondissements.

 

 

13- Le Musée des merveilles de Todd Haynes (USA, 1h57, sortie salles : 15 nov 2017)

Avec : Oakes Fegley, Julianne Moore, Michelle Williams

Synopsis : Deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York. 

Pour : L’élégance du style Haynes. Sa faculté à rendre toujours séduisant les univers d’époque. La dramaturgie, certes un peu lourde, qui amène toutefois le récit vers une conclusion assez magnifique. Bien aidé il est vrai par la toujours impeccable Julianne Moore à la sobriété de jeu remarquable. 

Contre : Le film met beaucoup trop de temps à recoller les morceaux. Le récit en deux parties est dangereux pour l’adhésion surtout quand l’une des deux, celle en noir & blanc, s’avère trop appuyée. En voulant rendre hommage au cinéma muet qu’il aime tant, Todd Haynes s’égare plus d’une fois et fait preuve d’un manque de subtilité évident. L’émotion que l’on devrait fort justement ressentir, arrive un peu trop sur le tard. Sans doute trop pour bon nombre de spectateurs.

 

 

12- Happy end de Michael Haneke (Allemagne, 1h47, sortie salles : 18 octobre 2017)

Avec : Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert, Matthieu Kassovitz

Synopsis : « Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles. » Instantané d’une famille bourgeoise européenne.

Pour : La « suite » d’Amour. On a envie de découvrir le reste de la famille. Et on n’est pas dessus devant tous les travers de cette bourgeoisie que Haneke réussit à traiter avec méticulosité sans jamais tomber dans la caricature. Pour qui aime les grands numéros d’acteurs, il y a de quoi se réjouir. A commencer par les deux monstres sacrés que sont Trintignant et Huppert.

Contre : Difficile de ne pas y voir un Haneke presque anecdotique. Certes, le cinéaste continue à appuyer là où cela fait mal mais on a la désagréable impression de le voir se répéter. Pas sûr que le temps qui passe transforme ce sentiment de « un de plus, au suivant ». 

 

 

 

11- Le redoutable de Michel Hazanavicius (France, 1h47, sortie salles : 13 septembre 2017)

Avec : Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo

Synopsis : Paris 1967. Jean Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoïste hors système aussi incompris qu’incompréhensible.

Pour : Le joli pari de se divertir avec l’image d’une icône du cinéma français. Un Louis Garrel qui réussit la performance d’imiter sans singer. Pour les cinéphiles, il y a de quoi s’amuser avec les clins d’œil et les références tout en appréciant l’élégance du style. Les amateurs d’OSS 117 et du Grand détournement, retrouveront avec bonheur l’humour de son auteur.

Contre : Le film est trop sur courant alternatif. On passe de saynètes réjouissantes à des séquences qui tombent à plat. On a parfois du mal à voir où on veut en venir Hazanavicius même s’il prolonge ici une radiographie du couple troublante qu’il avait entamé dans The Artist (Stacy Martin ressemblant beaucoup à une jeune Bérénice Bejo). L’ombre de Godard est souvent trop forte : ses films créaient sans cesse la polémique, ils faisaient réagir intensément (en bien comme en mal). Le Redoutable est « juste » plaisant, amusant et s’oublie malheureusement assez vite.

 

 

10- The Meyerowitz stories de Noah Baumbach (USA, 1h50)

Avec : Adam Sandler, Ben Stiller, Dustin Hoffman, Emma Thompson, Grace Van Patten

Synopsis : Le récit intergénérationnel d’une fratrie en conflit rassemblée autour d’un père vieillissant.

Pour : Avant tout le plaisir du casting et notamment la joie de voir Adam Sandler retrouver un statut d’excellent acteur qu’il a toujours été (remember Punch drunk love) mais que ses propres productions ne laissaient plus voir. On placera également une petite pièce sur Grace Van Patten comme future grande comédienne tant elle impressionne face à ses illustres aînés. Après un début qui fait craindre un mix un peu fainéant entre Woody Allen et Wes Anderson, le film trouve son rythme et se laisse agréablement regarder.

Contre : Il y a un côté anecdotique au récit qui se trouve magnifier par sa présence en compétition officielle. On a l’impression d’avoir vu tout ceci tant de fois ailleurs et illustré de manière plus réjouissante. C’est donc avant tout le manque d’originalité associé à des figures imposées (Dustin Hoffman qui rumine dans son coin, Emma Thompson qui cabotine sans cesse) qui pénalisent le film.

 adam sandler et ben stiller dans the

 

9- Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos (Grèce, 1h49, 1er novembre 2017)

Avec : Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan

Synopsis : Steven, un brillant chirurgien, prend sous son aile un adolescent. Ce dernier s’immisce progressivement au sein de sa famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.

Pour : Les films se suivent et Lanthimos continue de surprendre son public. On ne peut pas lui enlever cette faculté à proposer quelque chose de différent de tout venant. A partir d’une mise en scène souvent sublime, le réalisateur grec se lance dans le difficile exercice métaphorique (impossible de ne pas y voir un parallèle avec la situation économique et sociale de la Grèce) tout en nous plongeant dans un univers proche du fantastique. L’œuvre est déroutante mais les comédiens que l’on a rarement vu aussi bons (Kidman et Farrrell, le jeune Keoghan étant une incroyable révélation) nous maintiennent constamment dans le jeu. Et puis le film a juste le titre le plus classe de toute la sélection. Et de loin !

Contre : A proposition de cinéma singulière, le risque de laisser des gens sur le carreau est grand. Et Mise à mort du cerf sacré ne fait rien pour se montrer plaisant. Au point de trouver le stratagème de Lanthimos un peu trop roublard et surtout terriblement vain. Le côté « tout ça pour ça » guette plus d’une fois l’œuvre. 

 colin farrel

 

8- Good time de Josh Safdie et Benny Safdie (USA, 1h40, 11 octobre 2017)

Avec : Robert Pattinson, Jennifer Jason Leigh, Buddy Duress

Synopsis : Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté. Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

Pour : Un film qui détonne dans la compétition. Un récit qui file vite, va à l’essentiel et nous raconte de manière moderne (la bande son électronique est sublime) la chute inexorable des petits. Robert Pattinson confirme qu’il a tout pour être un magnifique comédien et que Cannes lui va comme un gant. Les influences des frères Safdie se voient (Scorsese en tête) mais ils les recrachent presque aussi bien que Refn à l’époque de Drive.

Contre : La proposition de cinéma est singulière et peut déboussoler. Il y a un côté à mi-chemin entre le film d’auteur (c’est de là d’où viennent les deux frangins) et le pur film d’exploitation qui n’est pas encore totalement digéré. Le sentiment qu’il s’agit là d’un film de transition et que les réalisateurs cherchent encore un peu leur univers.

 robert pat

 

7- La lune de Jupiter de Kornél Mundruczó (Hongrie, 2h03, sortie salles : 1er nov 2017)

Avec : Zsombor Jéger, Merab Ninidze, György Cserhalmi

Synopsis : Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu’il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Dr Stern qui nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent.

Pour : Difficile de ne pas mentionner avant tout les incroyables plans-séquences du film. A commencer par celui qui ouvre le film et nous laisse à genoux devant tant de maîtrise tout en étant des plus signifiants par rapport à ce que l’on voit à l’image. Les effets spéciaux sont à l’avenant et étonnent plus d’une fois (formidable scène de la pièce qui se retourne). Quant au propos du film et son caractère social et politique avec une radiographie de cette vague de migrants que connaît l’Europe entière, il marque des points. Comme quoi il est possible d’allier le cinéma d’auteur européen avec le spectaculaire propre aux productions hollywoodiennes.

Contre : La post synchronisation de l’acteur géorgien, Merab Ninidze est catastrophique (on peut croire qu’ils n’ont pas eu le temps de la rendre optimale pour sa diffusion à Cannes). Le film a beau être un sacré tour de force, il n’échappe pas à un côté répétitif des situations (le jeune messie s’élève dans les cieux, lévite et puis…c’est à peu près tout).

 

 

6- You were never really here de Lynne Ramsay (USA, 1h35)

Avec : Joaquim Phoenix, Ekaterina Samsonov

Synopsis : La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

Pour : Joaquim Phoenix impressionne dans une composition physique et animale qui n’est pas sans rappeler le grand De Niro. D’ailleurs, l’ombre de Taxi driver plane sur tout le film. Une bonne influence dont Lynne Ramsay se sort grâce à une épure totalement déroutante. Faisant honneur à son titre, elle n’a pas son pareil pour user avec bonheur d’astuces visuelles et narratives pour signifier l’évanescence de son charismatique héros. Quant à la violence, elle fait mal au plus profond de notre être car elle est traitée avec intelligence et respect et non comme un artifice de divertissement comme trop souvent dans les blockbusters hollywoodiens.

Contre : Le côté Taken arty peut laisser de marbre. A force de chercher l’épure tout en stylisant à mort son récit, Ramsay peut perdre ses spectateurs qui se demanderont bien à quoi ils assistent vraiment. Le risque est grand de se faire un autre film en lisant le pitch ou en écoutant ceux qui l’ont adoré. D’où la possible déception de se retrouver avec une proposition aussi singulière.

 joaquim phoenix dans you were never really here

 

5- Vers la lumière de Naomi Kawase (Japon, 1h41, sortie salles : 20 septembre 2017)

Avec : Masatoshi Nagase, Ayame Misaki

Synopsis : Misako aime décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescriptrice de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre un célèbre photographe dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.

Pour : Un sujet magnifique pour le cinéma. Kawase le filme avec une poésie troublante bien aidée par l’alchimie entre ses deux comédiens charismatiques en diable. La cinéaste nous offre quelques idées de plans totalement bluffants. Elle a aussi le bon goût de ne pas étirer son récit, se focalisant sur l’essence de cette étonnante histoire d’amour.

Contre : Sans doute plus facile à apprécier dans un festival. Le film est difficile d’accès pour le grand public. La retenue de la cinéaste et des comédiens peut empêcher l’adhésion à ce qui est pourtant un magnifique mélo. 

 

 


4- 120 battements par minute de Robin Campillo (France, 2h20, 23 août 2017)

Avec : Nahuel Pérez Buscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel

Synopsis : Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean qui consume ses dernières forces dans l’action.

Pour : La surprise de voir une telle maîtrise narrative d’un cinéaste qui, pour l’instant, ne nous avait pas impressionnés dans ce secteur. La puissance d’une œuvre qui réussit à allier la force du documentaire (on a vraiment l’impression d’être au cœur d’Act-up dans les années 90) tout en proposant une vraie dramaturgie de récit cinématographique (l’histoire d’amour entre Nathan et Sean). Les comédiens sont tous phénoménaux à commencer par  Nahuel Pérez Buscayart, révélation du film. La gestion presque parfaite de la durée du film et cette capacité bouleversante de finir dans l’intime le plus absolu.

Contre : On n’a presque envie de rien lui reprocher. Allez, tout juste, certains estimeront que la durée est légèrement excessive et que certaines séquences vont trop loin dans le réalisme (la séquence d’amour à l’hôpital).

 

 

3- Okja de Bong Joon Ho (Corée, 1h58)

Avec : An Seo Hyun, Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Paul Dano

Synopsis : Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s’est occupée sans relâche d’Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l’animal jusqu’à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l’entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille. Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu’elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s’emparer du destin d’Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée.

Pour : On aime la liberté totale laissée à Netflix à un des cinéastes les plus doués actuellement sur la planète. En résulte un œuvre folle qui part dans tous les sens mais qui réussit toujours à retomber sur ses pattes. La réussite technique du cochon est épatante. Le duo avec la jeune fille est instantanément culte. On a parfois l’impression de voir un Miyazaki live (les scènes en forêt au début qui font directement référence à Mon voisin Totoro). Le festival des acteurs anglophones qui cabotinent avec une jubilation communicative. Le joli message du film qui prend son sens dans une des séquences finales aussi cruelle que bouleversante.  

Contre : Le rythme peut apparaître un peu trop décousu. Le mélange des genres, des styles de jeu,…rend l’adhésion plus ardue. La partie avec l’équipe d’écolos, pieds nickelés du kidnapping, est un peu trop longue. Il manque sans doute une grande séquence d’action qui aurait pu être celle à New York lors de la remise du prix. 

 

 

2- Faute d'amour de Andrey Zvyagintsev (Russe, 2h07, 20 septembre 2017)

Avec : Maryana Spivak, Alexey Rozin

Synopsis : Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser… Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Pour : Une plongée inédite dans la middle class moscovite, où l’on semble vivre dans un confort intérieur européen. Au fur et à mesure que le drame se noue, une irréversible chute s'enclenche pour eux dans ce pays baigné par la propagande pseudo patriotique où le chacun pour soi semble avoir définitivement emporté la bataille des idées. Ce chacun pour soi qui s'impose même à l’échelle de la cellule familiale. Mise en scène, image et interprétations glaçantes et magistrales.

Contre : Des personnages secondaires nombreux qui traversent tous brièvement l'intrigue et qu'on aimerait parfois voir plus à l'écran. 

 

 

1- In the fade de Fatih Akin (Allemagne, 1h46)

Avec : Diane Kruger, Denis Moschitto, Johannes Krisch

Synopsis : La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

Pour : Diane Kruger livre une performance magistrale dans le premier grand rôle de sa carrière (récompensée fort justement par le prix d’interprétation féminine). Elle est de presque tous les plans du film et fait preuve d’une belle subtilité de jeu pour un rôle pour le moins casse gueule. Fatih Akin va droit au but avec un premier degré qui peut rebuter mais qui fait montre d’une efficacité redoutable. Le mélange film sur le deuil, film de procès et film de vengeance fonctionne parfaitement. 

Contre : Le sujet terriblement d’actualité mérite aux yeux de beaucoup d’un regard plus subtil. Et Akin tend plus d’une fois le bâton pour se faire battre (la séquence des règles qui reviennent, celle, trop stylisée, de la baignoire,…).

 

Publié le 12/06/2017 par Laurent Pécha

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